Méditation de Noël

Médiation de Noël :

Je me souviens, enfant, des différences de classe sociale de mon village, il y avait les enfants de cadres et d’employés, les enfants d’ouvriers et les enfants d’agriculteurs. J’en suis un. Nous étions un peu en dehors des modes, des ragots de villages, nos centres d’intérêts divergeaient des autres. Nous avions toujours un train de retard. Et les agriculteurs et leurs familles étaient raillés du reste de la population. Nous ne connaissions pas les filières d’excellences scolaires. Nous habitions dans une ferme perdue dans un village perdu dans une région perdue. Enfants et jeunes j’en avais développé un complexe d’infériorité.

Devant la crèche de Noël, les bergers qui nous semblent si romantiques aujourd’hui, presque tendances étaient déconsidérés eux-aussi, et j’imagine, cela ne devait pas leur déplaire. Et c’est au milieu de ses bouseux, de ces oubliés que Jésus nait, dans une étable. Petit parmi les petits.

Et maintenant je revendique une fierté d’être de ce milieu-là, parce que c’est ce dénuement,  ce déclassement qui permet une sagesse terrienne. La petitesse et la discrétion vont bien au Sauveur, et dans ce milieu qui semble hostile se vit des richesses humaines qui n’existent pas ailleurs, il y a des cœurs touchés par la grâce, il y a de la sagesse, de la poésie, et surtout beaucoup d’humanité.

Un rêve répandu des campagnards était de trouver du boulot en ville, à l’usine, de devenir ouvrier, puis peut-être chef d’équipe et qui sait contremaitre ! Aujourd’hui, on envoie nos jeunes vers des études supérieures avant la galère et le chômage, mais on envoie personne travailler la terre !

Même ceux qui sont restés à la ferme, on a réussi à leur voler leur dignité, aujourd’hui, on a laissé croire aux paysans qu’ils étaient devenus des chefs d’entreprise, il parle rentabilité, productivité, amélioration des marges, investissements. Ils sont arrivés dans la cours des grands, hyper performant avec les gros tracteurs, mais la règle du jeu appartient toujours aux grands intouchables, et les agriculteurs sont plus pauvres qu’autrefois quand ils n’avaient qu’un petit tracteur.

Notre société nous a coupés de nos racines terriennes !
Je les ai retrouvées un peu au Cameroun car j’y trouvé à nouveau ces « bergers de la crèche », ces terriens et j’ai retrouvé un langage que je connaissais. Mais je vois avec tristesse tous ces jeunes, eux aussi attirés par la ville, comme des mouches par le vinaigre. Je vois rejouer le même drame qu’en France.

Rappelons-nous, les premiers témoins du Christ étaient ces simples bergers qui étaient attentifs aux signes de la création, aujourd’hui encore Il arrive parmi les déclassés du monde. Jésus vient là ou l’Homme se fait le plus humain. Alors je souhaite une belle fête de la nativité  à tous les kentajistes qui ont le courage de s’accrocher au bout de terre de Bandsuidjong, de Bakou, et de Nkongsamba. Et je nous souhaite à tous de se faire le cadeau de retrouver ses racines terriennes, peut-être en se baladant dans la nature, en cultivant son jardin et en partageant les fruits de sa culture, en visitant les vieux paysans ou les vieilles paysannes, en lisant des livres de paysannerie.

On pourrait aussi tirer profit d’une cure de quelques jours à la kentaja (pas encore remboursée par la sécu !)

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