Comme un funambule

Les jeunes comme des funambules
Illustration : Yann Le Goaëc

Lors d’un précédent voyage, j’avais eu l’occasion de raconter les désastres que peuvent causer une coupure de courant.
Cette fois-ci, c’est plutôt l’inverse.
Soirée concert improvisée chez Adonis et Cathy : grâce à la technologie : diffusion de la musique de mon smartphone sur l’enceinte offerte par Jean-Luc en Bluetooth. Au programme, Zaz, Taizé, etc.
La musique, les ombres, le verre d’alcool, petits moments intenses de fraternité.
Autre lieu, chez le père Michel, au presbytère du père Michel, même situation, panne de courant.
Ici pas d’enceinte ni technologie.
Nous veillons, discussion sur des choses et d’autres. L’un d’eux confie aimer ces moments de convivialité. Le temps s’est comme arrêté, effectivement il a raison, ces moments sont riches de la présence de chacun. Je réalise que chez nous, nous avons perdu ces habitudes.
Mais lorsque le courant revient, la télé se rallume et adieu veillées et concerts, les yeux et les têtes sont aspirés de nouveau vers ce petit carré coloré, mouvant et bruyant.
Chez moi, les pannes n’existent pas et la télé est toujours disponible, internet aussi.
Au Cameroun et spécialement à la Kentaja, c’est un bonheur de partager des moments de qualités avec ces jeunes, ayant ce cœur pur, cette intelligence du cœur, l’art de la relation.
Mais j’ai conscience que leur trésor est fragile, et lorsque la télévision reprend la diffusion de son poison quotidien, leur cœur ressemblera de plus en plus aux notre : ankylosé, endormi. Ils vont perdre peu à peu leur faim de vivre.
Notre émerveillement pour ces jeunes ne doit pas être naïf, un jeune Camerounais qui s’installe en France prend rapidement nos codes de vie consumériste.
Kentaja a aussi cette vocation particulière qui est de préparer les têtes et les cœurs contre ces tentations. J’ai pu en voir devant moi résister : La jeune pouvait entrevoir un mariage blanc pour venir habiter en France. Elle a dit non.
Je me répète, c’est fragile, pour ces jeunes, c’est comme marcher sur un fil de funambule : il y a danger à vouloir aller trop vite, danger à détourner le regard, danger à vouloir peser d’un côté ou de l’autre, mais quand on les contemple faire, cela touche nos cœurs, cela les purifie, cela oriente et nous incite nous aussi à reprendre notre marche de funambule. Ces jeunes, à leur insu sont comme des maitres de vie.
Jeunes amis de France et d’Espagne, allez là-bas prendre des cours de funambulisme. C’est l’école du bonheur.

Enfants cameroun afrique kentaja
Photo : Jean-Luc Gilbert, août 2014

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